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L'éditeur qui vit dans la crainte...

Quelques secondes de soulagement bien méritées...

Un paparazzi à communiqué à ta Tata des photos exclusives, et sommes toutes assez attristantes, révélatrices de ce que vivent certains aujourd'hui. Mon devoir est de les publier afin que chacun se rende compte où en est le monde du polar...

Olivier Bois, directeur des Editions de l'atelier In8, qui publient entre autres Gilles Del Pappas, Mouloud Akkouche, Lalie Walker, Jan Thirion, Marc Villard, Francis Mizio, Philippe Motta, Hervé Le Corre... a été surpris au casino de Pau en pleine crise de paranoïa, craignant qu'un de ses auteurs ne s'imagine qu'il était en train de flamber ses droits dans les bandits manchots... alors qu'il était entré simplement pour essayer les fauteuils quelques minutes !
Quelques minutes seulement dans une existence harassante, dans un quotidien de labeur et de frugalité ; quelques minutes pour se soulager les lombaires lui qui en a "plein le dos, voire plus bas" ; quelques minutes alors que c'est bien son droit le plus strict de se donner un peu de rêve et de distraction pour "tenir" -surtout après la relecture des épreuves de certains ou la consultation des statistiques de mise en place en librairies... Hé bien, ces quelques minutes, Olivier n'a même pas réussi à les savourer dans l'apaisement !

... la troisième vertèbre apprécie

Et soudain le drame, irrationnel :
Olivier est pris d'une peur panique
d'être vu par un de ses auteurs...

"C'est terrible de voir ces photos, de constater à quel point cet homme est rongé par sa situation. Lui qui publie des billets pourtant si bien vus sur la condition difficile de la petite édition... forcément, il est déchiré entre son souci d'être cru et un légitime, sinon humain, besoin d'évasion", confie cet auteur qui a tenu à garder l'anonymat, du moins tant qu'il n'a pas reçu son relevé de vente.

Cet homme ne mériterait-il pas de vivre dans la sérénité ?
Comment l'édition polar peut-elle en être arrivée là ?

"Olivier Bois, nous parle toujours de ses racines, des difficultés de sa branche, comment il se plaît avec toutes ses feuilles... Il aime raconter comment il aménage sa grotte lui-même dans la montagne... Je croyais cet homme plus serein dans cet engagement monacal, dans cette abnégation dont il fait preuve rien qu'en se baladant avec ses vieux jeans et ses baskets hors d'âge... Hé bien non..." s'apitoie cet autre auteur qui en céderait presque ses droits s'il en touchait. "Il faut faire quelque chose" propose ce troisième, toujours anonyme prêt à acheter à Olivier "un ticket de gratt-gratt" au bureau de tabac "pour l'aider à se réinsérer".
Force est de constater que la situation économique du livre place l'éditeur dans une spirale infernale. Risquer de se voir surpris à prendre du bon temps ôterait toute crédibilité aux propos tenus...
C'est pourquoi ta Tata lance un cri solennel qui, je l'espère, sera repris par toutes et tous : "Olivier... Tu as tout notre soutien. DETENDS-TOI. Tu as le droit de vivre comme tout le monde ! Tes auteurs seront patients et compréhensifs. Change-toi les idées ! Lâche-toi !"
Pour exprimer votre soutien copiez-collez cet appel et envoyez-le par courriel à Olivier.

Ca commence à tirer à boulets rouges dans le polar

Revenant de ce qui a été un agréable festival  à Villeneuve Lez Avignon sous l'égide de Gilles del Pappas (1), ta Tata se disait dans le train qu'à entendre des conversations ces temps-ci, à voir comment des plaques tectoniques polardeuses s'ébrouent, qu'il y avait comme un air du temps annonciateur d'un changement d'époque. Une impression assez forte, même. 
Et voilà que rentrée dans son Internette, elle découvre un article de Jérôme Leroy qui tape sur Fred Vargas et n'y va pas, loin s'en faut, avec le dos de la cuiller. Alors que certains le soupçonnent déjà d'avoir été le fameux et mystérieux Tutu Reporter tant décrié (ou tant adulé, c'est selon), voici que Jérôme Leroy brise à nom découvert une sorte de consensus mou d'un milieu ressenti comme moutonnier en ayant l'air d'assumer par avance ce qu'il va se prendre en retour et l'ambiance que ça va nous mettre dans les prés carrés. Oui, il se passe bien des choses depuis cette année : des voix discordantes s'élèvent, on voit apparaître une association qui veut se bouger et agréger les talents et disciplines diverses (Les Habits Noirs), le Poulpe est de nouveau plébiscité dans les dédicaces, les principes qui animent maintenant trop de salons et festivals qui sont devenus de simples FNAC à ciel ouvert sans plus-value culturelle ou intellectuelle sont remis de plus en plus en cause (car les auteurs suent trois jours pour que les libraires fassent leur année et valoriser la municipalité en échange finalement de quoi ? Pour quel message envers les lecteurs ? Ca commence sur ce sujet à pas mal couiner) : est-ce qu'il y aurait comme une envie revenue de rock n'roll ? Que le polar retrouve le goût de la baston, du débat et de la polémique, du mot qui cogne avec tous ses sens et efficacité ? Bref, comme une envie de d'action politique
Oui, c'est peut-être ce qui est en train de se passer. A ces éruptions de voix discordantes, on se dit que peut-être le temps de l'hyperabondance des romans passe-partout, désincarnés de l'esprit originel du genre se termine que l'époque est de nouveau à la crispation et au relevage de manches. 
Et comme ta Tata, elle aime la castagne, hé ben elle suit tout ça gourmandise et intérêt.

(1) Ta Tata est bien forcée de le reconnaître : c'était très sympa Villeneuve Lez Avignon (Elle te racontera ça avec des photos croustillantes ces jours-ci... Reviens sur le site !). Pourtant elle y allait dans ce festival avec quelques appréhensions qui lui étaient venues par des petits signes, comme ça, liées à des histoires de budget d'hébergement (voir ancien article). Et puis non c'était très bien : elle est parano ta Tata, sans doute. Mais elle va te raconter bientôt, un peu de patience...