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Un auteur de polar est en grande précarité : agissons !

Encore un terrible drame de la crise... Est-ce dû à la baisse des a-valoir et la dégringolade des ventes de livres dans le milieu du polar ? Quoiqu'il en soit, une première victime est déjà à la rue. J-B P. (Tata tiens à préserver son anonymat) qui fut en son temps un auteur de romans noirs fameux connaît actuellement un bien triste sort (voir la photographie en grand en cliquant dessus). Heureusement, nombreux sont les soutiens qui font appel aux dons depuis quelques jours... Le polar est décidément une grande famille très unie !
Une mobilisation roborative
Hormis les habituelles remarques aigries (genre : "Ce n'est pas normal : il a été aussi éditeur donc il doit avoir plein de fric ; c'est encore une arnaque") la mobilisation, malgré la torpeur estivale, s'annoncerait d'ores et déjà considérable. Il serait question d'un beau geste de la trésorerie de l'association 813 pour tirer l'infortuné de ce mauvais pas : "Le produit de la vente d'une seule de nos SICAV devrait suffire à mettre ce malheureux et sa famille à l'abri pour plusieurs années. Aussi, nous allons provoquer une AG exceptionnelle fin 2009-début 2010 pour savoir si on en vend ou non une entière", a confié à ta Tata une source anonyme, émue et proche de la cagnotte.
Véritable révolution, même des critiques littéraires parleraient de reverser à J-B P. l'argent des services de presse qu'ils revendent d'ordinaire pour se payer du bon temps ! Du jamais vu ! "On peut bien faire ça ! J'en ai tellement revendus de ses bouquins sans même les chroniquer, après tout... C'est vrai que j'en ai fait du fric sur son dos quand j'y pense vu la quantité de ce qu'il publiait..., alors si je peux contribuer à ce qu'il reste propre et se paie quelques sandwichs, hein... C'est justice. Il est vrai que je voulais m'acheter une troisième bagnole, mais ça peut attendre l'arrivage de la prochaine rentrée littéraire", avoue un journaliste en vue, effondré et les larmes aux yeux de devoir attendre le prochain modèle de 4x4.
Ne restons pas indifférents !
Le milieu polar n'échappe donc pas à la crise... Alors on peut s'inquiéter : aujourd'hui, c'est l'auteur... mais si on ne fait rien, rien ne nous dit que demain ce ne sera pas aussi le lecteur qui dormira sur ce banc ? (pour les éditeurs, ça ira, merci). Nous sommes donc devant une perspective insupportable qui nous concerne tous.

Plus que jamais agissons !
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Un salon du livre de Paris très inquiétant pour l'avenir...

Ah, je les entends déjà les médias qui vont claironner dès demain que l'année fut exceptionnelle, l'affluence nombreuse, que le salon du livre de Paris a encore été un succès, et patati et patata !
Comme tu le sais, ta Tata tenait un stand au salon du livre de Paris : le stand pipi. C'est dire si c'est un des plus fréquentés, sinon le plus couru du salon et c'est ainsi que je suis sans doute généralement chaque année un des rares postes des plus bénéficiaires de l'industrie éditoriale. Un stand où tous les auteurs, les éditeurs, les agents, les lecteurs passent... Un stand où tout se joue... Tiens : où crois-tu que sont négociés les transferts d'auteurs ? Comment ça s'est passé, hein le passage de Chattam de chez l'un à l'autre, en toute discrétion des allées arpentés par les espions concurrents ? Ah, si je racontais tout ! Tel auteur qui rédige vite fait un synopsis sur une feuille que lui prête ta Tata car il vient de croiser un ponte de l'édition, tel autre qui force la porte d'un éditeur en pleine occupation... Si on a tant de bons polars en France, hé bien, crois-moi le stand de ta Tata n'y est pas pour rien.

Mais revenons à ce qui me turlupine : juge-toi même sur cette photographie prise lundi en début d'a-m, à une heure, normalement d'affluence de cette journée "pros"... : pas un chat. Juste une copine écrivain passée déposer des exemplaires de son manuscrit dans les cabines dans l'espoir que là, au moins, il sera lu. Oui, tu peux le dire : ça fait peur. J'ai fait à peine une poignée de piécettes jaunes (au prix du stand, merci!) et en plus, le comble : il y en a même un qui m'a piqué ma petite soucoupe.
Que se passe-t-il bon sang dans ce pays depuis quelques mois ? Oui, les Français lisent moins, oui, ils sont 30% à ne jamais ouvrir un livre... mais bon sang : ils continuent tout de même d'aller aux toilettes ! Normalement, c'était un marché captif. Et il y aura toujours des livres, des auteurs pour en pisser et des lecteurs contraints par leur métabolisme !
Est-ce dû vraiment à la crise ? Je ne sais que penser. Tout le monde est tétanisé, repousse les projets, ralentit la cadence des publications... Mais c'est à ce point aussi qu'ils se retiennent aussi de pisser ? Je ne comprends pas. Combien de temps vont-ils tenir ? Si l'urée passe dans le sang, ça crée des hallucinations : comme si dans le milieu il y en avait pas déjà assez à prendre leur vessie pour une lanterne !
On est bien barrés... La rétention n'est absolument pas une solution d'avenir. Il y a bien un moment où il faudra dans le business comme ailleurs lâcher les vannes si on veut sortir de cette morosité !
Alors on me dit : "la crise ramène sans doute les gens vers un repli sur soi, des nouvelles pratiques... Peut-être qu'il y a un retour de la miction à domicile". J'en sais rien. J'écoute ce qu'on me dit. J'essaie de me faire une opinion. On me dit aussi : "Plus rien ne sera comme avant, désormais depuis cette crise. Il faut inventer de nouvelles choses, ouvrir de nouveaux marchés. Regarde comme l'édition s'engouffre et fonce dans le numérique. Tiens le dernier Dominique Sylvain est sorti en papier et en e.book en même temps..."
J'entends, j'entends : plus d'intermédiaire, du producteur direct au consommateur, de nouveaux standards, l'évolution, tout ça... Moi je veux bien, mais je ne vois pas trop comment je vais passer l'activité de mon stand en numérique. Je me sens ce soir comme un libraire désappointé, les bras ballants devant ses cartons d'offices toujours plus abondants et invendus.
Investir dans le "e.pipi" ? D'abord je ne vois déjà pas trop comment ça peut se présenter, et puis de toute façon c'est sans doute trop d'argent à investir pour ta Tata : recruter des informaticiens, développer les logiciels, concevoir un terminoir portatif USB... Il me faudrait une levée de fonds. Et le temps que je prenne le virage numérique, si ça se trouve des petits malins dans un garage californien auront déjà développé un "Virtual Peewee 1.0" : le genre de truc génial intégrable à l'Iphone qui va me ratisser d'emblée mon propre projet.
C'est peut-être déjà trop tard.
Je vais disparaître, comme les libraires... Peut-être que le stand pipi au salon du livre, en effet, appartient au passé. Ca va devenir au mieux un truc de nostalgiques, un hobby marginal comme la bibliophilie ou alors une activité de fin de chaîne, telle la bouquinerie. C'est pas très enthousiasmant : je vais avoir que des vieux qui chipotent et mettent un temps fou à lâcher du liquide ou des étudiants fauchés toujours prêts à ergoter sur la taille de leur affaire pour gratter quelques centimes d'euros.
Ca, c'est sûr, les temps changent.
Tu le vois, ta Tata n'a pas le moral. Je me suis dit qu'il me fallait nier la crise, mais franchement, il faut vraiment être d'une détermination redoutable pour ne pas se laisser ébranler.

[DEFENSE DU CONSOMMATEUR] Le résultat de nos crash tests est formel : le polar français résiste mieux que l'américain

On sait que notre perception de la réalité dépend pour beaucoup des faits qui nous sont rapportés. Comme le rapporte Claude Mesplède, l'année 2008 fut vraiment noire.

Au sein de la sous-commission "défense des consommateurs" de Tata Rapporteuse Editions l'équipe s'est demandé si nous devions craindre la même chose, crise aidant, dans le polar français. En d'autres termes, le polar français, que l'on sait depuis toujours peu ou prou inféodé à l'américain et se trouve donc en situation de faiblesse plus marquée, va-t-il connaître lui aussi une série noire en 2009 ? (en excluant les décès naturels, même si bien regrettables).
Seul moyen de le savoir : soumettre des auteurs en vue à des crash tests, comme chez Ikéa lorsqu'ils mettent des chaises sous les coups de boutoirs de robots obtus pour nous assurer qu'on peut sauter 3 600 fois dessus par jour durant 7 ans, dès lors qu'on a compris la notice pour les monter.

Dans ce cadre, ces derniers mois, 4 auteurs ont accepté de se prêter à l'expérience sous le nom de code "La Bande à Velpeau" :
- Claude Mesplède, en voiture. C'est le premier. Claude a toujours été à la pointe de ce qui se passe dans le polar et il a ouvert la voie. Il est même sorti de la chaussée.
- Dominique Manotti, à cheval. Le polar américain et les récits de western ont souvent été liés. Dominique a proposé de chuter de cheval afin de rappeler ces liens de façon originale.
- Jean-Hugues Oppel "à la Bulgare". Conscient que les enjeux viennent des mafias de l'Est, il a tenté une intéressante expérience de raccourcissement de 50 % de sa R5 par l'arrière avec la collaboration d'un certain Miroslav, routier endormi au volant d'un poids lourd. A la différence de quelques ex-taulards devenus auteurs, Jean-Hugues restera depuis dans les mémoires comme le seul désincarcéré sans être allé en prison.
- Jean-Bernard Pouy, toujours décalé dans son approche, "à la Tex Avery", la semaine dernière en se soumettant au test du sac de 25 kg de plâtre qui tombe de l'échafaudage subitement sur les épaules.

Tous ont passé ces crash tests avec réussite et se sont remis de l'expérience, comme en témoignent nos statistiques :


De fait, nous pouvons vous confirmer que le polar français tient le coup. Il n'a rien à envier à l'américain. C'est du bon. C'est du costaud. Vous pouvez avoir confiance, ça vous fera de l'usage.


Des crash tests sont envisagés avec des libraires et bibliothécaires, ainsi que des festivaliers et bénévoles d'association. Si vous êtes dans ce cas, soumettez votre candidature à Tata Rapporteuse, sous commission défense du consommateur qui vous écrira pour participer à une première sélection. Les éditeurs sont exclus du crash test : ils sont déjà trop fragiles, sinon à la ramasse.
Aidez-nous dans nos tests : il est important de savoir comment on peut considérer l'avenir dans une conjoncture qui hélas s'annonce difficile pour les années à venir. Le temps du futile, du jetable, de la consommation désinvolte est terminé : le consommateur, et celui de polars comme les autres, a droit lui aussi à du durable.

[TATARCHIVES] En 2001 à Lamballe durant le festival Noir sur la ville : Mouloud Akkouche sentait déjà pointer la crise

Il est fort, Mouloud Akkouche. 7 ans avant la débâcle financière montée en acmé en novembre 2008, il sentit brusquement venir la crise qui l'occuperait tant aujourd'hui (> lire ici son témoignage) : on le voit déjà à son regard sur cette photo... et ça tandis que Mesplède et Pouy, en bon hédonistes élevés aux 30 glorieuses se mettaient de la raclette jusque-là, tandis que Mizio, de la génération suivante en sous-pull tergal n'en avait déjà rien à battre. 7 ans après, l'intuition soudaine s'est confirmée...
Chapeau Mouloud !