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Hubert Prolongeau : "Il faut faire péter les codes du polar hardboiled"

Les débats ont été riches à nourris dans le superbe cadre de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, ces 4 et 5 octobre derniers. Terminée l'époque où les auteurs passaient leur temps à picoler en râlant sur ces "escrocs d'éditeurs" et à se demander quand "le chèque parti ce matin" allait arriver ou autres préoccupations du genre "on bouffe où ?" et "y'a des bars ouverts jusqu'à quelle heure ?" : ce 4e festival du polar méditerranéen fut l'occasion de réflexions et d'échanges nourris, témoignant que notre littérature préférée est résolue à évoluer et que ses acteurs sont plus motivés que jamais pour aborder le XXIe siècle.


Hubert Prolongeau, auteur de polars et autres romans historiques, grand cinéphile (il a séché même Thierry Crifo et Jean-Claude Schineizer lors d'un quizz amical entre eux sur une question pointue : "Qui était responsable du seau et des éponges sur les tournages de Bénazéraf?"), journaliste culturel et animateur de débats, a soulevé un point qui a suscité beaucoup de passions : "comment faire péter les codes du polar hard boiled" ? Sa réponse n'est pas dénuée d'intérêt : 
"Prenons un exemple : les détectives sont à chapeau, et les femmes fatales en bas résilles. Faire de l'ouverture, user de créativité, faire de la transversalité, consisterait à mixer les codes. Il est grand temps. Par exemple : imposer dans les romans des chapeaux à résilles". Aussi, engagé fortement dans cette démarche et par souci de démonstration, il s'en est collé aussitôt un sur le crâne. 


Premiers effets de la crise financière dans le polar


Ta Tata qui traînait à Villeneuve-lez-Avignon lors du 4e festival du polar méditerranéen les 4 et 5 octobre a été sidérée de voir à quel point les ravages de la crise financière ont rapidement bouleversé les comportements dans le milieu pourtant fraternel et solidaire du polar. Claude Mesplède venant de s'apercevoir que Marc Villard avait un stock de cacahuètes pour savourer -modestement- avec son Pulco- jus d'orgeat, s'est soudainement jeté dessus, craignant visiblement de manquer tandis que les banques mondiales s'écroulaient.
Toute l'assistance fut soudain sous tension. Un silence oppressant envahit La Chartreuse. Le festival allait-il être entaché d'un différend ? Même del Pappas leva un sourcil, c'est dire l'appréhension.
Marc Villard s'est mis à protester : il y avait des raisins secs dans la soucoupe et il est au régime crétois. Faut pas lui piquer, ça va perturber tout son programme de diététique. Claude a rétorqué aussitôt, lui faisant le coup du mâle dominant s'adressant au jeune daguet  :  "C'est moi qui a les plus grosses (*)." 
Il parlait des publications, évidemment. Forcément, personne n'a écrit d'ouvrage plus épais que son dico et Claude en abuse. (Et Marc est surtout nouvelliste). 
Finalement, l'accrochage n'a pas eu lieu, au soulagement général.
"Le Pulco, ça me permet de rester zen", s'est flatté Marc Villard en commentant l'incident en exclusivité à Radio Alouette FM, "Et l'orgeat me fait prendre de la distance dans les situations conflictuelles. J'en bois d'ailleurs beaucoup en ce moment en lisant la Cote Desfossés".
N'empêche : c'est à de petits signes comme cela qu'on voit à quel point ça se dégrade dans le milieu. 
Que nous réserve l'avenir ? 

(*) prononcez "grausses" :  Mesplède est Toulousain

Thierry Crifo : "mon job à la police des cafés me passionne"


C'est à l'occasion de la soirée du samedi 5 octobre 2008 du salon du livre de Villeneuve-lez-Avignon que le célèbre écrivain-cinéphile et yéyétologue Thierry Crifo a décidé de révéler un pan de son existence : inspecteur de la police des cafés (voir son diplôme ci-dessus). 
Venant d'effectuer avec brio une importante saisie à La Guinguette du Vieux Moulin (et qui lui vaudra sans doute du galon), il ne s'est pas tari d'éloge pour cette activité complémentaire qui le comble : "Je me sens dans mon élément. C'est un métier où il faut du pîf, or je repère le bouchonné à dix mètres. Aujourd'hui écrire des romans et des scénarios ne peut plus suffire à mon esprit d'aventure : il me faut du rock n'roll, du vrai."
Bravo Thierry, et bonne chance dans cette activité !

Une fonction de service public qui réclame une vraie rigueur et un engagement de tous les jours  : Thierry ne boit plus que de l'eau. "De toute façon, ça m'arrange pour la plage, compte tenu que j'ai déjà les lunettes", confie-t-il toujours un peu cabotin.

Ca commence à tirer à boulets rouges dans le polar

Revenant de ce qui a été un agréable festival  à Villeneuve Lez Avignon sous l'égide de Gilles del Pappas (1), ta Tata se disait dans le train qu'à entendre des conversations ces temps-ci, à voir comment des plaques tectoniques polardeuses s'ébrouent, qu'il y avait comme un air du temps annonciateur d'un changement d'époque. Une impression assez forte, même. 
Et voilà que rentrée dans son Internette, elle découvre un article de Jérôme Leroy qui tape sur Fred Vargas et n'y va pas, loin s'en faut, avec le dos de la cuiller. Alors que certains le soupçonnent déjà d'avoir été le fameux et mystérieux Tutu Reporter tant décrié (ou tant adulé, c'est selon), voici que Jérôme Leroy brise à nom découvert une sorte de consensus mou d'un milieu ressenti comme moutonnier en ayant l'air d'assumer par avance ce qu'il va se prendre en retour et l'ambiance que ça va nous mettre dans les prés carrés. Oui, il se passe bien des choses depuis cette année : des voix discordantes s'élèvent, on voit apparaître une association qui veut se bouger et agréger les talents et disciplines diverses (Les Habits Noirs), le Poulpe est de nouveau plébiscité dans les dédicaces, les principes qui animent maintenant trop de salons et festivals qui sont devenus de simples FNAC à ciel ouvert sans plus-value culturelle ou intellectuelle sont remis de plus en plus en cause (car les auteurs suent trois jours pour que les libraires fassent leur année et valoriser la municipalité en échange finalement de quoi ? Pour quel message envers les lecteurs ? Ca commence sur ce sujet à pas mal couiner) : est-ce qu'il y aurait comme une envie revenue de rock n'roll ? Que le polar retrouve le goût de la baston, du débat et de la polémique, du mot qui cogne avec tous ses sens et efficacité ? Bref, comme une envie de d'action politique
Oui, c'est peut-être ce qui est en train de se passer. A ces éruptions de voix discordantes, on se dit que peut-être le temps de l'hyperabondance des romans passe-partout, désincarnés de l'esprit originel du genre se termine que l'époque est de nouveau à la crispation et au relevage de manches. 
Et comme ta Tata, elle aime la castagne, hé ben elle suit tout ça gourmandise et intérêt.

(1) Ta Tata est bien forcée de le reconnaître : c'était très sympa Villeneuve Lez Avignon (Elle te racontera ça avec des photos croustillantes ces jours-ci... Reviens sur le site !). Pourtant elle y allait dans ce festival avec quelques appréhensions qui lui étaient venues par des petits signes, comme ça, liées à des histoires de budget d'hébergement (voir ancien article). Et puis non c'était très bien : elle est parano ta Tata, sans doute. Mais elle va te raconter bientôt, un peu de patience...